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Ingérence du privé : le lanceur d'alerte congédié a forcé le MAPAQ à bouger - ICI.Radio-Canada.ca

Les explications de Thomas Gerbet

Au lendemain de l'annonce du licenciement d'un lanceur d'alerte, le ministère de l'Agriculture révèle avoir mis en place des mesures pour améliorer la situation dans la recherche publique sur les pesticides, minée par l'ingérence du privé dans les études et par la fuite de ses chercheurs. Les révélations auraient donc été jugées suffisamment sérieuses.

Un texte d'Alexis Gacon et de Thomas Gerbet

Le ministère dit avoir fait le nécessaire à la suite des révélations contenues dans les documents transmis par son employé Louis Robert, avant son congédiement. En 2017, le conseiller expert dans le secteur des grains avait osé dénoncer, à l'interne du MAPAQ, l'ingérence du privé dans la recherche publique sur l'utilisation des pesticides.

Insatisfait de l'écoute de son employeur, il s'était tourné vers Radio-Canada, transmettant des documents accablants sur la crise au Centre de recherche sur les grains (CEROM). Il a été congédié le 24 janvier dernier et deux de ses collègues ont été suspendus.

Louis Robert, agronome. Louis Robert, agronome. Photo : Radio-Canada

Le ministère nous a répondu au sujet de la crise au CEROM : « De nombreuses attentes ministérielles ont été signifiées au CEROM pour l’année financière 2018-2019. Elles ont donné lieu à des actions en matière d’amélioration de la gouvernance, de la transparence, de la neutralité scientifique, de gestion des ressources humaines et de gestion des projets. »

Parmi ces attentes, présentées dans un document de 14 pages transmis à Radio-Canada, le MAPAQ demande au CEROM une réorganisation de ses ressources humaines, reconnaissant « des problématiques », des « répercussions sur le climat de travail » et des « retards importants » sur les dépôts de projets.

Dans une note interne précédente du MAPAQ, en mars 2018, on y lisait que le CEROM était « une organisation contrôlée par des intérêts incompatibles avec l'intérêt public », son conseil d’administration était entièrement dominé par le privé.

Au coeur des nouvelles attentes formulées pour 2018-2019, le ministère demande la présence de deux représentants consultatifs du MAPAQ au sein du conseil d’administration du CEROM et exige un code d’éthique de ses membres, afin que « les membres du CA départagent leur rôle d’administrateur du CEROM du rôle qu’ils tiennent dans leur organisation respective ».

Par ailleurs, le MAPAQ demande que le CEROM réalise des travaux de recherche pour minimiser l’usage des pesticides dans les cultures.

« Un dossier sensible »

Le ministre de l'Agriculture André Lamontagne a fait face à une avalanche de critiques qui l'ont poussé à revenir sur ses propos. Mercredi matin, il se disait « très à l'aise » d'avoir « personnellement autorisé » le congédiement du fonctionnaire.

« On m’a rencontré et on m’a fait état de recommandations, du processus, et puis quand on m’a expliqué les conséquences [le congédiement], j’ai fait confiance à mon équipe », a-t-il déclaré lors d'un point de presse.

À la question « est-ce l'industrie qui a demandé son congédiement? », le ministre a rétorqué « Pas de commentaires! ».

À la lueur des faits qui m’ont été présentés, j’ai accordé toute ma confiance aux gestionnaires du Ministère. En aucun temps je n’ai moi-même demandé le congédiement de l’employé.

André Lamontagne, sur Facebook, mercredi soir.

De son propre aveux, il s'agit d'un « dossier sensible ». Mais le ministre affirme qu'il ne s'agit « en aucun cas (d')une mesure de représailles contre un lanceur d’alerte », puisque le gouvernement encourage les divulgations d'actes répréhensibles.

Le premier ministre du Québec François Legault, interrogé à ce sujet, soutient que l'employé a été renvoyé « pour une série de raisons ». Il a balayé d'un revers de main l'argument d'une décision de renvoi guidée par l'industrie du grain :
« Cela serait mal le connaître [le ministre André Lamontagne], ce serait mal me connaître, on n'est pas achetables, à la CAQ. »

QS et le PQ demandent la réintégration du fonctionnaire

Émilise Lessard-Therrien, porte-parole de Québec solidaire en matière d'agriculture, vilipende la décision du MAPAQ.

C’est une situation inacceptable. [...] C’est un individu qui a sonné l’alerte et on le remercie en le congédiant. [...] Je souhaiterais que M. Lamontagne réintègre M. Robert dans ses fonctions et qu’il le compense pour les pertes encourues.

Emilise Lessard-Therrien, porte-parole de Québec solidaire en matière d'agriculture

Le porte-parole du Parti québécois en matière d'agriculture, Sylvain Roy, demande des comptes sur la neutralité scientifiques des recherches financées avec des fonds publics.

Surtout dans le domaine de l'alimentation et la production alimentaire, on soulève un enjeu qui est phénoménal. [...] On se demande si on ne nous cache pas des choses qui sont extrêmements dangereuses pour la population.

Sylvain Roy, porte-parole du Parti québécois en matière d'agriculture

De son côté, le chef du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, a été plus prudent : « Il y a une ligne qui doit être tracée entre quelqu’un qui est lanceur d’alerte et quelqu’un qui travaille contre son employeur. »

Rappelons que la chasse au divulgateur avait été lancée sous l'ancien gouvernement.

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