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La laïcité: une exigence de clarté

J’espérais être entendue quand j’avais plaidé « Pour une trêve des signes religieux » au Québec, dans une chronique du Journal, le 6 novembre 2017. Et une trêve il y en a eu, pendant quatre mois — à lire ici : jdem.com/treve.

Preuve que cette question n’est pas réglée et qu’elle reviendra hanter la classe politique au détour de chaque cas fictif ou réel d’accommodement religieux, il a suffi d’une étincelle pour en rallumer les tisons, le 3 avril dernier.

La charrue devant les bœufs

Alors qu’aucune demande n’a été faite par des personnes directement concernées, voilà qu’un conseiller municipal de l’arrondissement de Snowdon, Marvin Rotrand, réclame que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) diversifie son code vestimentaire en y intégrant des turbans et des hijabs.

La chose aurait pu en rester là, n’eussent été les réactions de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui a entrouvert la porte à un tel accommodement ; du premier ministre, Justin Trudeau, qui y voit une « richesse de la diversité » ; du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, qui s’en lave les mains ; de la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, qui nage dans le sable mouvant ; et des porte-parole des oppositions à Québec qui, pour une fois, ont eu la réponse la plus sage dans les circonstances.

Cette trêve était salutaire, non pas que le problème soit réglé, mais parce qu’il est mal posé. Or, chaque fois qu’on agite ces accessoires de la discorde sans clarifier, au préalable, le modèle de laïcité dont on veut doter l’État québécois, on fait du tort à notre harmonie sociale, et les extrémistes gagnent du terrain.

Le vrai débat doit être centré sur la laïcité elle-même, en commençant par la dépouiller de tous les avatars qu’on lui a collés et en la définissant comme un droit nouveau, dans la Charte québécoise des droits et libertés. C’est le premier jalon dont découlera le reste.

Un débat à reprendre

La laïcité a été et demeure une longue marche vers la démocratie. Bien balisée, elle serait la meilleure garantie pour la liberté religieuse dans une société pluraliste comme la nôtre.

Est-il nécessaire de rappeler que les libéraux avaient mené un combat courageux, pendant plus d’un siècle, pour la séparation de l’Église et de l’État, avant que le chef du PLQ actuel, Philippe Couillard, ne l’instrumentalise à des fins électoralistes en l’associant au racisme et à la xénophobie ?

Ce débat, il faut avoir le courage de le reprendre, mais sur de bonnes bases, pour les bonnes raisons et au bon moment.

M. Couillard ne peut se soustraire à ses obligations en faisant porter le fardeau au SPVM. La laïcité engage d’abord l’État du Québec, et les personnes en autorité en font partie. C’est donc à lui et au législateur québécois d’établir des balises claires à l’ensemble des institutions publiques et parapubliques.

J’avais déjà énoncé dans le projet de loi no 491 qu’« Une personne en autorité contraignante, notamment un juge, un procureur, un policier ou un agent correctionnel, ne peut porter un signe religieux ostentatoire dans l’exercice de ses fonctions ». 

Afin que la règle de la laïcité soit claire pour tous, il faut que l’État du Québec l’édicte. Les personnes en autorité s’y conformeront, y compris les policiers, indépendamment de leur religion ou irréligion. Il reste à trouver le courage pour le faire !

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http://www.journaldemontreal.com/2018/04/07/la-laicite-une-exigence-de-clarte

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