Search

Le paternalisme de Philippe Couillard

Les Québécois connaissent déjà amplement la tendance du premier ministre à prendre ses adversaires de haut. De très haut.

Ils le voient aussi mépriser ouvertement la moindre manifestation de nationalisme, aussi modéré soit-il.

Mais «paternaliste» ? Ça, c’est nouveau.

C’est pourtant ce qu’on a pu constater au cours des derniers jours. Et ce, à trois reprises.

Commençons par définir le concept. Paternalisme : «comportement d’autorité sous couvert de protection qui rappelle celui d’un père à l’égard de son enfant».

Dans la vraie vie, c’est un comportement qui associe son interlocuteur pourtant adulte à un enfant, donc, que l’on doit «éduquer» ou «réprimander». Par définition, le paternalisme se dévoile surtout chez certains hommes face à une femme qui leur tient tête sur le plan intellectuel ou sur un autre plan.

***

1ère manifestation

Ce mardi, en pleine étude des crédits, la jeune députée péquiste, Catherine Fournier, a questionné Philippe Couillard sur une question d’éthique.

Voici ce que le Journal en rapporte (vidéo de l’échange incluse) :

Mme Fournier «soulignait que 6 des 11 jeunes administrateurs nommés aux conseils d’administration des sociétés d’État sont liés au Parti libéral du Québec. Depuis 2016, les 23 sociétés d’État du Québec doivent réserver au moins un siège à un membre de moins de 35 ans, mais tous les postes n’ont pas été comblés. (...)

«Alors, de voir que le gouvernement instrumentalise les jeunes en ce moment pour faire perdurer une espèce de système de copinage où les libéraux nominent des libéraux et que ça se perpétue comme ça dans le temps, j'aimerais entendre le premier ministre à ce sujet-là», a lancé la députée de Marie-Victorin.»

Visiblement agacé par la question de la députée, le premier ministre lui a servi une réplique d’un paternalisme patent :

«Je vais commencer par dire que je suis excessivement déçu d'entendre la plus jeune députée de l'Assemblée se comporter de cette façon. Je pensais entendre de sa part la politique faite autrement».

«Déçu»? On dirait en effet la remarque d’un père à sa petite fille qui, à ses yeux, aurait fait quelque chose de «pas correct».

Pour ce qui est de faire de la politique «autrement», pour un premier ministre qui a tout enduré de son matamore de ministre de la Santé, il aurait mieux fait de se garder une petite gêne dans le domaine de la politique «autrement».

***

2e manifestion

Toujours ce même mardi, l’événement «En marche pour la parité», organisé par le Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD), avait lieu à l’Assemblée nationale en présence de plusieurs élus.

Sur le sujet de la parité hommes-femmes, le GFPD propose l’idée d’un projet de loi obligeant les partis politiques à présenter au moins 40 % de femmes aux élections dans un premier temps, puis 45% par la suite.

(Rappelons que l’Assemblée nationale ne compte que 27% de femmes élues.)

Le réseau CTV rapporte un autre échange paternaliste de la part du premier ministre alors qu’il était accompagné de la ministre responsable de la Condition féminine, Hélène David..

La journaliste s’adresse à Mme David et lui demande si elle pense que les femmes font de la politique «différemment» des hommes.

Mme David s’approche de la journaliste pour répondre, mais avant même qu’il n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche, Philippe Couillard lui coupe instantanément la parole pour répondre ceci (traduction libre):

«Je répondrai oui. Elles le font – et pour le mieux. Je veux répondre en tant qu’homme parce que je l’ai vu, et je sais que c’est vrai. Je m’excuse de répondre pour les femmes... Je voulais dire cela en tant qu’homme parce que c’est un sujet auquel nous, les hommes, devons tous réfléchir».

Misère...

***

3e manifestation

Encore mardi et au même événement, on questionne le premier ministre directement sur le sujet de la parité hommes-femmes.

Sa réponse, ou plutôt son opposition à peine voilée au principe, fut aussi  paternaliste que confuse :

«On va lire le texte et on va en débattre. (...) (Si on légiférait sur la parité), qu’est-ce qu’on fait avec la diversité culturelle ? Est-ce qu’on se donne un objectif également ? (...) Il y a un ensemble d’autres éléments qu’il faut refléter de la société, par exemple les communautés culturelles, les orientations sexuelles, les autochtones, les personnes vivant avec un handicap, vous voyez ! C’est pour cela qu’il faut réfléchir comme il le faut. »

En tout respect, le premier ministre aurait dû lui-même «réfléchir comme il faut» avant de donner une réponse aussi insultante pour les femmes.

Les femmes forment la moitié de l’humanité. Elles ne sont pas une «minorité» parmi d’autres minorités. Qu'un premier ministre ne le réalise pas lui-même, c'est tout simplement navrant.

Bref, trois prises paternalistes en un seul jour.

Pour un premier ministre persuadé d’être béni d’une intelligence supérieure à la moyenne de ses concitoyens, c’est beaucoup. En fait, c’est beaucoup trop.

 

Let's block ads! (Why?)

http://www.journaldemontreal.com/2018/04/25/le-paternalisme-de-philippe-couillard

Bagikan Berita Ini

0 Response to "Le paternalisme de Philippe Couillard"

Post a Comment

Powered by Blogger.